mercredi 18 mars 2015

La chatte et le sphynx.



Un peu d'Histoire :
La Journée Internationale des Femmes est issue de l'histoire des luttes féministes menées sur les continents européen et américain. Le 28 février 1909, une Journée nationale de la femme (National Woman's Day) est célébrée aux Etats-Unis à l'appel du Parti Socialiste d'Amérique. À la suite d'une proposition de Clara Zetkin, l'Internationale socialiste des femmes célèbre le 19 mars 1911 la première Journée internationale des femmes et revendique le droit de votes des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail. Des rassemblements et manifestations ont dès lors lieu tous les ans. En 1977, la journée est officialisée par les Nations Unies, invitant chaque pays de la planète à célébrer une journée pour les droits des femmes. La date du 8 mars en elle-même est retenue par Lénine, qui décrète la Journée internationale des femmes le 8 mars 1921, en honneur aux femmes qui manifestèrent les premières le 8 mars 1917 à Pétrograd, lors du déclenchement de la révolution russe. Cette célébration s'étend par la suite à l'ensemble des pays de l'ancien bloc de l'Est.

Le 8 mars dernier - il y a quelques jours seulement, donc - les médias se sont penchés sur la condition des femmes dans le monde. A cette occasion, ils ont parlé de sexisme, de plafond de verre, d'écarts de salaire entre hommes et femmes, d'excision, de viol, de mariage forcé et j'en passe. Tristes sujets s'il en est. 
Cependant, il y a un sujet qu'ils n'ont pas abordé. Un sujet pourtant grave.
Or, nous nous devons de parler de cette souffrance que les femmes endurent jour après jour à travers le monde, une souffrance qu'elles endurent en silence, derrière des portes closes, dans l'indifférence générale, et ce depuis trop longtemps. 

Je veux parler de l'épilation du maillot.

Oui. Je suis allée voir CitizenFour, voyez-vous (que je vous recommande), et je me suis dit que moi aussi, je voulais être "lanceuse d'alerte".
Je n'ai pas peur des conséquences. Ma décision est prise.
(Cela dit, j'espère que quand les services secrets de Body Minute et Nocibé viendront s'en prendre à moi, vous serez à mes côtés).

Car je le répète, chers lecteurs : les femmes souffrent en silence, et ça ne peut plus durer.
Enfin quand je dis "en silence", je peux vous assurer que ça n'est pas toujours le cas (j'ai hurlé). 
Mais les hurlements sont vains. 
Dans votre box du salon d'esthétique, personne ne vous entendra crier. 


Mais venons en aux faits, sans passer par quatre chemins, sans détours, sans ambages :
Lecteurs, avant-hier, je suis allée me faire épiler la chatte le pubis.

Non, je vous rassure, cela n'était pas la première fois.
Etant la petite soeur poilue de Choubaka, j'ai en effet été confrontée très tôt au fléau interplanétaire que l'on appelle communément "pilosité". 

Car ma tignasse, cette bonne masse de cheveux ondulés qu'on m'a souvent enviée, n'est en réalité que la partie immergée de l'iceberg.
"Hein, t'as fait une épilation définitive ? Mais t'as pas de poils !" me disait l'autre jour une collègue. (Oui, avec mes collègues, parfois, nous parlons poil).
Grosse erreur.
Ce n'est pas parce que j'ai les bras imberbes que je ne suis pas poilue.
Si j'ai fait une épilation définitive, lecteurs, c'est que ma vie sexuelle en dépendait. 

Depuis quelques années déjà, je suis donc épilée de partout ou presque (tout est dans le presque), et ma vie est devenue un enchantement, parce que je n'ai plus à me galérer à m'épiler pour un oui ou pour un non.
Je n'ai plus non plus à me demander si je m'épile ou pas avant d'aller à une soirée parce que 1) peut-être que je vais rentrer avec quelqu'un mais 2) peut-être pas.
En effet, avant, je devais décider si je préférais 1) prendre le risque de coucher avec un mec alors que j'avais de la moquette sur les jambes ou 2) souffrir le martyr pour finalement peut-être me retrouver seule dans mon lit avec, pour seule compagnie, des capotes neuves.
(Oui, je sais, l'épilation n'est pas à proprement parler un sévice corporel. Mais mes poils, à l'époque où j'en avais, étaient un peu comme des fils de nylon incrustés dans de la soie : je ressortais de la moindre petite épilation avec la peau absolument détruite - si bien qu'il me fallait prévoir de m'épiler plusieurs jours avant le jour J histoire d'avoir le temps de cicatriser). 
A l'époque où je fréquentais Antoine (et où nous couchions ensemble à peu près une fois sur trois), ce dilemme cornélien se présentait souvent. Parfois je décidais de m'épiler, parfois je renonçais. Et - ironie du sort - je me retrouvais généralement soit poilue dans son lit, soit seule et épilée dans le mien. J'en avais même fini par voir mes poils comme une sorte de porte bonheur. (Poils = Sexe. Pas de poils = Série en pyjama avec ton chat). (C'était avant de me rendre compte que coucher avec Antoine n'était pas exactement la meilleure chose qui puisse m'arriver, mais passons).
Ainsi, mes poils avaient des pouvoirs occultes. Mais comme ils avaient essentiellement celui de me faire prodigieusement chier au jour le jour, j'ai quand même décidé de m'en débarrasser.

Mais pas complètement.
En effet, j'ai gardé un triangle de poils pubiens tout ce qu'il y a de plus classique, certes taillé et un peu échancré mais somme toute très traditionnel - ce qui, après enquête, semble être à l'épilation du maillot ce que la peau de bête est au prêt à porter. 

 Stop deforestation !


Il y a de ça un ou deux ans, j'ai été prise de panique :
Mais les autres filles... elles s'épilent la chatte comment ??!
Tout à coup, je me suis demandée si je couchais depuis des années avec des mecs habitués aux tickets de métro qui tiquaient sur mon triangle so nineties sans oser m'en parler.



Du coup, j'ai mené mon enquête.
Et un peu comme un mec qui se renseigne sur internet pour savoir si sa bite correspond à la norme, j'ai commencé à interroger mes copines. Et mes potes. Et mes mecs. (Pas internet, donc. Maintenant que j'y pense, j'imagine mal un mec aller demander à ses potes combien mesure leur bite pour comparer).
Et là, horreur et damnation, il s'est avéré que j'étais la seule trentenaire de mon entourage à avoir encore des poils sur la chatte. Et par là j'entends sur les lèvres, appelons un chat un chat (sans mauvais jeu de mot). 
Mes copines étaient donc pour leur part toutes tondues comme des sphynxs. 
Or, vous reconnaîtrez que le chat de gouttière est quand-même vachement plus mignon que le sphynx ou "chat sans poil" (qui fait un peu flipper avec ses grandes oreilles et ses yeux - je cite Wikipédia - "en forme de citron").
Si on dit "une chatte" en français et "a pussy" ou "a beaver" (un castor) en anglais, c'est pourtant bien pour assimiler le sexe féminin à une petite bête mignonne et poilue, non ? Un sexe avec du poil, de la fourrure, un truc doux et soyeux qui tient chaud en hiver, quoi.
Alors pourquoi tout à coup faudrait-il tout raser ?
La mode est au poil, comme chacun sait, puisque tous les mecs se font pousser la barbe.
Pourquoi est-ce que nous, on devrait se tondre ?
Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas nous aussi décréter qu'en fait c'est über in d'être poilue ?




Certaines filles te diront qu'une chatte rasée, ça fait plus propre, comme si le poil pubien était un truc sale. (Ce qu'il n'est pas, à moins bien sûr que nos poils pubiens soient aussi bourrés de saloperies que nos cheveux). 
On te dira aussi que c'est plus hygiénique. Or, les poils sont quand même là pour une raison, que diable, à savoir faire barrière aux bactéries, justement.
(Oui, je sais, la tension sexuelle que suscite cet article est insoutenable). (Désolée).
D'autres argueront tout simplement que c'est mieux parce que ça fait plus comme dans les films porno et que donc ça excite plus les mecs (les mecs auraient perdu l'habitude de voir des poils, il ne faudrait pas les brusquer en leur révélant que la vie, c'est pas comme sur Youporn).
Arguments spécieux, selon moi.
(Il est bien sûr conseillé de se plier aux goûts de son partenaire, cela va sans dire, mais je ne pense pas que je pourrais entretenir une relation quelconque avec un mec capable de se laisser déconcentrer par quelques poils).
Deux autres arguments en faveur de l'épilation totale ont cependant retenu mon attention : 
1) Les mecs n'aiment pas bouffer du poil (je pourrais dire qu'ils ont survécu aux poils pubiens pendant des siècles mais en même temps je doute que la pratique du cunnilingus ait été très démocratisée au Moyen Age).
2) Ca décuplerait les sensations. (Celle de la fille. Donc les miennes).
Ah ? Dans ce cas qu'à cela ne tienne, me suis-je dis, je vais le tenter.


Il y a quelques jours, donc, j'ai été me faire faire mon premier maillot string/brésilien ou whatever-you-call-it, ce truc où à la fin t'as juste un petit triangle au dessus des lèvres qui descend vers ta chatte comme une sorte de tramp stamp.



On m'avait promis des sensations. Ben putain je peux vous dire que j'en ai eu.
J'ai tout bonnement cru que j'allais crever.
(Les mecs, imaginez qu'on vous arrache tous les poils de couille à la cire. Tous. Petite zone par petite zone. En s'y reprenant plusieurs fois à chaque fois. Encore et encore. Et encore). 

L'esthéticienne : "Ah oui, la première fois, ça fait très très mal. Moi c'est bien simple, j'ai eu du mal à marcher pendant deux jours. Et je ne pouvais plus porter que des jupes".
(J'aurais préféré qu'elle me le dise avant).



Wikipédia :
La torture est l'utilisation volontaire de la violence pour infliger une forte souffrance à un individu. En droit international coutumier, des éléments clés de la définition de la torture ont fait l'objet de références officielles : en résumé, elle implique « une douleur ou souffrance aiguës, physique ou mentale », infligée « intentionnellement ». La distinction entre « torture » et « peine ou traitement cruel, inhumain ou dégradant » est sujette à débats et à variations selon la jurisprudence et les tribunaux.

Donc on a le côté souffrance physique, et croyez-moi, on a aussi le côté humiliant ou dégradant.
Heureusement que je ne suis ni particulièrement pudique, ni particulièrement timide, parce que bon, ce moment où une parfaite inconnue en blouse rose (devant qui j'étais nue les jambes écartées depuis vingt bonnes minutes) m'a demandé de passer mes jambes derrière ma tête afin qu'elle puisse m'épiler le "sillon inter-fessier" n'a pas été le moment le plus digne de mon existence... (Hum).
En plus, ces salons n'ont aucune insonorisation et tu entends absolument tout ce qui se passe à côté, du coup je me suis vite retrouvée à parler épilation du maillot à voix haute avec toutes les nanas présentes - qui commentaient, racontaient leurs expériences et m'encourageaient - ce qui était certes cocasse et rigolo mais assez surréaliste. Et je suis sortie de là en état de choc - pour ne pas dire complètement traumatisée - un peu comme si je venais de faire une séance de sport extrême.
(Oui : le sport - extrême ou pas, d'ailleurs - a tendance à me traumatiser).
L'esthéticienne : "Vous verrez, c'est la première fois la pire. Ensuite ça va mieux".
Mais y aura t-il une prochaine fois ?

J'avoue, le résultat n'est pas mal.
Une semaine plus tard, une fois la peau cicatrisée (le premier jour, je marchais un peu comme Lucky Luke), c'est pas mal.
C'est assez sexy, honnêtement.
Et pour les sensations, la douleur passée, j'avoue que ça a son charme aussi.


Sauf qu'il y a un hic.
Car voyez-vous, je n'ai pas seulement une peau super sensible et réactive qui marque pour un rien, je suis aussi très chatouilleuse.
Et là, eh ben je vous le donne en mille : ma peau à nu est désormais tellement sensible au moindre contact que dès qu'on m'effleure, je me mets à gigoter et à glapir comme un chiot sous ecstasy.



Ce qui, paraît-il, peut être excitant (si tu tapes "tickles" sur Youtube, tu tomberas sur plein de vidéos cochonnes de nanas en train de se faire chatouiller). (Un fantasme répandu, apparemment).
Mais si une fille qui se trémousse en ricanant est potentiellement attirante, sachez qu'elle l'est moins une fois que, dans le feu de l'action, elle vous a mis un gros coup de latte malgré elle.
(Pauvre Will).

L'épilation intégrale, ça n'est donc pas seulement douloureux et dégradant, ça peut aussi être dangereux.
Pensez-y.


C'était un communiqué du ministère du poil.
Merci de votre attention.