jeudi 30 mai 2013

D'you wanna make out in the rain?

How many times have you talked about talking about the weather today?



Il pleut des cordes. Les rues sont des torrents. La France est devenue sans prévenir un pays tropical. Mais sans les grandes chaleurs, notez-bien. C'est la mousson, sans l'exotisme. 
On est en fin mai, il pleut à verse, et je porte un manteau et un grand parapluie, ce qui n'est pas exactement ma conception première de la tenue estivale.
Du coup, hier, un mec s'est arrêté devant moi pour soulever son chapeau imaginaire et me faire une petite révérence en disant "Bonjour, Marie Poppins", ce qui a un peu égayé ma journée, mais bon, ça ne console pas tout à fait.
Les rivières dans les rues, c'est cool s'il fait chaud et que tu peux te baigner dedans, comme en Thaïlande, mais là, franchement, l'intérêt est assez limité. 
J'aime beaucoup la pluie, pourtant, jeune bretonne wild at heart que je suis, prête à braver les éléments, parce que même pas peur de l'eau, mec, j'ai déjà les cheveux bouclés (wild at heart, je vous dis), mais là ben j'aurais bien aimé avoir chaud, quoi. 
J'ai été bonne joueuse, pourtant, je ne me suis pas plainte quand y a eu des tempêtes de neige à Paris en début mars. J'ai même dûment fait des boules de neige et été joué à Buster Keaton dans les rues en faisant des vols planés sur le verglas avant de me rattraper de justesse aux réverbères en poussant des petits gloussements hystériques. Mais là franchement les gars c'est plus du jeu.
Là normalement c'est l'époque de l'année (et toutes les vitrines de magasins de fringues vous le diront) où on porte des débardeurs, des shorts en jean, des sandales et des petites robes bariolées. Ouais. Donc bon, moi je veux bien relancer la consommation (au diable l'avarice) (au diable mon banquier) et faire suffisamment de shopping pour sauver l'économie française à moi toute seule (oui, j'ai une compréhension fine du fonctionnement de l'économie, t'as vu ?), mais pour ça faudrait penser à faire en sorte que le temps soit vaguement en adéquation avec ce qu'on veut nous vendre, dites. (Donc bon, Moscovici, tu t'arranges avec Météo France, je sais pas moi, mais fais quelque chose, quoi).
Tous ces petits bouts de tissu colorés qui gisent dans mes placards, ça me fend le coeur.
Et puis bon, j'ai pas dépensé des milliers d'euros en opération des yeux et épilation définitive (je suis une poufiasse, je vous dis) pour finalement ne pas pouvoir me pavaner à moitié à poil avec (le rêve de toute une vie) des lunettes de soleil débiles même pas à ma vue achetée à cinq euros sur le marché le matin même. Je trouve ça un peu fort de café. Je ne peux pas l'accepter, vous comprenez. (Ok, je ne rencontrerai pas le prince charmant, mais laissez moi au moins les lunettes en plastique, merde).
Or, tel que c'est parti, l'été sera pourri.
Ajoutons à l'équation que je passe mes vacances en Bretagne et - loin de moi l'idée de dire qu'il fait mauvais en Bretagne - je ne voudrais pas m'attirer les foudres de la mafia bretonne - (tu fais une remarque sur la pluie en Bretagne et puis un jour, une nuit, quand tu t'y attends le moins, une voiture noire...) - mais bon euh, voilà, quoi. La pêche aux coques sous la pluie, les balades dans le vent à humer les embruns, les bains de mer à 15°C, tout ça, c'est brut, c'est wild, c'est les produits laitiers des sensations pures, tu vas droit au coeur de l'action c'est ton bonheur c'est ta passion, dans l'effort tu es si belle*, tout ça, et je suis pour, mais bon, je suis sûre que même Ondine et Catherine Earnshaw (les héroïnes de mon adolescence) rêvaient parfois d'une bonne mer d'huile et d'un bon gros soleil de plomb sous lequel siroter des cosmopolitains, non ?
*(Lecteur, si tu comprends toutes les références de ce papier, c'est que non seulement il pleut, mais en plus tu es vieux. Désolée).
En même temps, soyons honnête, vu que, dans les faits, j'ai une peau de rousse tellement sensible qu'au moindre rayon de soleil, je me vois dans l'obligation de revêtir une sorte de niqab agrémenté d'un chapeau à large bord - c'est mon petit côté Speedy Gonzales - et de courir de zone d'ombre en zone d'ombre comme euh... un kangourou en niqab avec un chapeau à large bord, eh bien je ne vois pas bien de quoi je me plains. Ce temps est peut-être ma seule occasion de montrer un peu de ma peau cet été, finalement. Au risque de choper une pneumonie, certes, mais il faut savoir ce qu'on veut, dans la vie. Les anglaises, elles, ne font pas tant de chichis.
Par ailleurs, je vous rappelle que si vous voulez rouler des pelles à Spiderman, c'est sous la pluie que ça se passe. Argument de poids, vous en conviendrez. Et après vous pourrez aller faire des castagnettes dans les flaques pour chanter votre amour, et ça c'est cool.
A ce propos, je sais pas si vous avez remarqué mais dans Singing in the rain, il a beau pleuvoir des cordes - gros potentiel romance, donc -, les mecs non seulement ils sont sous un parapluie avec des chapeaux mais en plus ils se réfugient sous un porche avant de s'embrasser, histoire d'être bien sûrs sûrs de pas être mouillés. Aucun sens de l'érotisme, ma parole. (Heureusement, Hugh et Andy sont passés par là pour mettre un peu d'ordre dans tout ça et se galocher tout mouillés comme il se doit). (Non parce qu'on peut pas non plus faire n'importe quoi, vous comprenez). 



Bref, voilà. C'était le point météo. Un post entier sur la météo, dites.
C'est fou ce qu'on parle du temps, en ce moment, vous avez remarqué ? (Non, c'est juste moi ?) (C'est peut-être parce que j'ai pas grand chose d'autre à raconter) (Hum) (Bref) (Sale temps, non ?).
On en parle même plus souvent que de bouffe, j'ai l'impression, non ? 
Bref, tout se perd, quoi.
La France part à vau l'eau.

Ah, et sinon pour rester dans la thématique pluie / année 80, un petit clip :
(De rien).


samedi 25 mai 2013

I'm saving up for a rich husband

I'm super lazy today. Which is like normal lazy, only I'm wearing a cape.


Dans le dossier que je remplis actuellement pour faire état de mon "accident de travail" (ils m'ont quand même fêlé une côte, ces petits barbares) (l'enseignement est un sport de combat), on me demande si la constatation médicale des lésions a donné lieu à :
1) un arrêt de travail, 2) pas d'arrêt de travail, 3) un décès immédiat.
Haha. Charmant.

Je suis seule chez moi, et je m'ennuie un peu, vu que je suis quand même légèrement handicapée par ce fâcheux « traumatisme du gril costal ». Du coup je blogue. Et je paresse. Pour de vrai. Pas comme certains amateurs, comme XXX, pour ne pas le nommer.
Moi : Alors, ce nouveau roman, il en est où ?
XXX : Nulle part. J'avance pas. Ce matin je prends rendez-vous avec des énarques et je réponds aux mails pour coordonner un volume de réflexion sur la littérature qui sort en 2014 aux éditions XXX (C'te frimeur). En somme, je paresse un peu. Et toi, tu fais quoi ?
Moi : "En somme, je paresse un peu" ? Haha. Moi je paresse pour de vrai. Comme dans "ne rien faire". En pyjama*.
XXX : Ah, alors, si tu es en pyjama, je m'incline...
Eh ouais, mec. De la vraie paresse de compétition. On joue pas dans la même cour.
(Ouais, je suis comme ça, moi. J'aime en mettre plein la vue aux écrivains de renom).


*En pyjama, oui. Parce que, je vous l'accorde, normalement à cette époque-ci de l'année, quand je flemmarde, je le fais à moitié nue. Sauf qu'il fait 7°C. C'est écrit, là, devant moi, sur mon écran, sur le petit nuage gris qui montre qu'il pleut à Paris. 7°C. J'ai mis le chauffage. Et oui, je suis en pyjama. Avec un pull angora par dessus, si tu veux tout savoir. J'envisage même de ressortir mes chaussettes rouges en laine avec les petits flocons blancs dessus, tiens. Tant qu'à faire de crever de froid, autant s'offrir des petits plaisirs d'hiver, non ? (Une raclette, anyone ?).

Youpi ! C'est la saison de la fondue et du vin chaud !

Ce temps me déprime au plus haut point.
Du coup, ratée pour ratée, j'ai décidé d'occuper ma journée à corriger quelques copies.
"My Everyday Routine" by Paul, 6ème :  
"I his réveille, I m'habille, I breakfast, I brosse les dents, ..., I rentre maison, I joue play, I books devoirs, I lunch and dinner, I d'hésabille, I book, I dort".
Merci, Paul.

(Désespoir).

Point Education Nationale :

Petit aperçu de mon quotidien :

Moi (à Henok, qui reste planté sur sa chaise sans rien faire) : Henok ?
Henok (agressif) : Quoi ?!! J'ai rien fait !!!
Moi : Justement. Réveille-toi. Enlève ton manteau, pose ton sac par terre, sors tes affaires. 
...
Moi (à Henok, qui, comme toujours, rêvasse) : Henok, tu colles ta feuille ?
Henok (grommelle) : J'ai pas de colle !
Moi : Ben t'en demandes une à ton voisin. Ou à moi. Mais tu restes pas comme ça. Quelqu'un veut bien prêter sa colle à Henok s'il vous plaît ? Merci. 
...
Moi (à Henok, qui, comme toujours, rêvasse) : Henok tu fais ton exercice ?
Henok (grommelle) : Je comprends pas.
Moi : Tu comprends pas ? Tu l'as regardé au moins ? T'as essayé ? T'as même pas sorti ton stylo !
Henok (grommelle) : J'en ai pas. 
Moi (lui donne un stylo) : Henok tu peux pas venir en cours sans stylo, c'est pas possible ! T'as pas un seul stylo ? Depuis le début de la journée, là, t'as pas un seul stylo ?? Donc t'écris pas ??
Henok (grommelle) : On me l'a volé.
Moi (soupir) : Mouais. Bon, ton exercice. Regarde. Lis-moi la consigne, là.
Henok (grommelle) : Je sais pas lire ! (Les autres, qui sont en train de faire leur exercice, éclatent de rire - Henok sait très bien lire).
Moi : Henok, arrête ça, tu m'énerves. Lis la consigne ! Je veux bien t'aider mais on va pas y passer cent ans. Et je te préviens tout de suite, je t'interroge pour la correction.
... 
Plus tard, à Henok qui joue à déchiqueter la couverture de son cahier avec la pointe de son compas :
Moi : Non mais Henok ça va pas bien, non ?! Arrête ça tout de suite ! Range ton compas !
Henok (s'énerve) : Wesh qu'est ce que ça peut vous faire, c'est mon cahier, non ?! Je fais ce que je veux avec mon cahier ! Rho la la... Vas-y...


Heureusement que, le reste du temps, à la récré, je peux faire des mots croisés avec mes collègues en salle des profs en mangeant des petits gâteaux.
- Indice : Il est muet de naissance.
- Euh... Bernardo ? 
(On n'est pas très doués).

Bref. Je suis chez moi en pyjama, je m'ennuie, et du coup, pour oublier, je traîne sur Facebook.

Popa raconte son voyage scolaire à Londres avec ses élèves :
Dans l'Eurotunnel : 

- Wesh le car il joue a Tétris sur le parking.
- Ouah on est dans le futur.
- C'est Star Wars.
- Wesh faut pas être crostrophobe.
- Ca fait grave peur mon frère.
- Mes oreilles ! J'ai ma tête qui saigne.
Au parc :
- Madaaame c'est des pigeons anglais ?
Devant un écureuil :
- Comment c'est cheeeeelou ! 
- Wesh c'est la première fois que tu vois un hamster toi ? 

A s'inquiète de son image :
"A l'instar de Brian Molko assignant un tabloïd qui avait publié une photo le montrant en train de promener ses enfants en poussette dans la rue parce que cela nuisait à son image auprès du grand public, je me verrai contraint de t'attaquer en justice si tu divulgues cette photo de moi buvant un verre d'eau en pleine soirée". 

B passe aux aveux :
"Je reconnais m'être dopé, mais seulement après ma carrière sportive, ce qui explique sans doute aussi le relatif anonymat dans lequel celle-ci s'est déroulée". (Hihi).

C nous informe :
"BREAKING NEWS : un rayon de soleil dans le 19ème ! Durée estimée : 3 minutes 12, en raison de l'armée de cumulo-nimbus qui arrive juste derrière. Enjoy!!!"
D lui répond que de quoi se plaint-on, c'est une belle journée de mars, faut voir le bon côté des choses, on a quand même avancé de trois mois en 24h.

E en a marre : "Marre marre marre. Saturation de la vie. Pays de cons. Tabula rasa dans vos gueules" (E a un certain sens de la formule).

Et F se moque de Léa Seydoux : "Louis XV : C'est vrai que le métier de mon arrière grand-père (Louis XIV) m'a fait découvrir du pays, mais mon poste actuel, je ne le dois qu'à moi-même. Je ne crois pas avoir été favorisé".

Pendant ce temps-là, une bonne partie de l'alphabet publie ses photos de Primavera, mais je propose que nous les ignorions superbement, ces rats.
G : "Chers amis qui postez depuis Barcelone ces derniers jours, je vous annonce officiellement que je vous hais de tout mon coeur. Cordialement".
 
Grâce à Facebook, je me renseigne également sur l'architecture souterraine de nos amies les fourmis, dont le système totalitaire permet d'orchestrer l'élaboration de cités d'ampleur pharaonique.


Moi : C'est dingue !
Junior : Complètement.
Phoebus : Ouais c'est génial ils ont tué toutes les fourmis.
Junior : Mais non c'était abandonné !
Phoebus : Elles étaient peut-être parties en vacances.
Junior : Pas con Phoebus. Pas con.
Moi : Mais ouais ! Ca se trouve elles ont construit une cité balnéaire pas loin ! Faut chercher !
Junior : Pas con Bayane. Pas con.
Junior : Phoebus, Bayane, si vous êtes chez vous ne bougez pas, des gens viennent vous chercher.

Sinon je prévois mes vacances :  
Cuzco : Ca va mieux ton chagrin d'amour ?
Moi : Oh la, oui ! Un feu de paille, mon ami.
Cuzco : Tu disais pas ça, il y a quelque temps... Mais tant mieux. Je suis content pour toi. Je savais que le simple fait de me connaître pouvait effacer tous ces maux.
Moi : Tu as raison. Où avais-je la tête ?
Cuzco : Ben oui. Je te rappelle que je suis le soleil de ta vie ! Bon tu viens faire un tennis ?
Moi : Un tennis ? Moi ? Quelle idée saugrenue !
Cuzco : Tu joues pas au tennis ? Bon... Tu joues à quoi, au fait ?
Moi : Euh... au Cluedo ?
Cuzco : Ah ouais. Pas très sportif tout ça.
Moi : Ben non. Tu m'as pris pour qui ?
Cuzco : Ben je sais pas... Mais je me disais que pour avoir cette plastique de rêve (Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai tenu à publier ce dialogue) tu devais bien faire quelque chose... :)
Moi : Vil flatteur. Ben non, je ne fais rien. Je suis naturellement un bombe ! (Et une pétasse, donc).
Cuzco : Bon et à propos de sport y a des vagues par chez vous en Bretagne ? Vous y êtes quand ? Je peux passer ? Je ramène mon matos et j'offre des cours.
Moi : Tu veux faire du sport ?! Oh la la, mais c'est pas le genre de la maison, ça ! Pas de ça chez nous !! Non mais si, je veux bien des cours de planche à voile, en fait. (Tu vas tellement regretter). J'en ai jamais fait. J'ai même jamais fait d'optimiste, t'imagines ?
Cuzco : C'est un scandale ! Un jour, je te ferai naviguer sur un trois mats...
Moi : Beau parleur.
Cuzco : Quoi beau parleur ? J'ai une formation de skipper quand même ! 
Moi : Ah ouais ? Et t'as le costume de marin comme dans les Demoiselles de Rochefort ?
Cuzco : Non, pas de costume... pas de bateau non plus, du reste... Mais on s'arrangera. 
J'en déduis qu'on fera semblant. Avec une jolie maquette, par exemple. Comme sur cette photo :

De belles vacances en perspective.





Et je réfléchis activement à mon avenir, aussi :
Vu que je n'ai pas les moyens de me payer un trois mats, ni d'aller à New-York (où Martin ne m'a toujours pas proposé de le rejoindre - c'est à n'y rien comprendre), on a formé une cellule de crise avec Jiminy Jack (le cousin de Gentleman Joe) (notez cette petite assonance de famille) (par ailleurs, Jiminy Jack porte très bien la redingote et le haut de forme) afin de réfléchir, chacun en chaussettes devant son ordinateur, à différentes façons de faire fortune : dévaliser une banque, épouser un milliardaire (Lui : "Ah oui, on peut épouser les hommes maintenant ! Il faut que j'intègre ça à mes plans ! My plan is widening as we speak niark niark") - vendre un livre à 10 millions d'exemplaires (facile... hum), prendre mes élèves en otage (sans aucun doute le plan le moins lucratif de tous), nous lancer dans le trafic d'organes (Lui : "Savais-tu qu'il y a des conditions très strictes de conservation ?"), et bien d'autres encore, mais malheureusement, aucune ne nous a semblé vraiment probante. Et surtout, soyons honnête, on a la flemme.
Alors on a renoncé. On a décidé de rester pauvres.
Du coup, là, je vais regarder des séries en pyjama et laisser fructifier l'argent de mon Livret A. (Hahaha). (Un plan béton, je ne vous dis que ça).


Voilà. C'est tout. Sur ce, bon week-end à vous, mes petits loups.
Et n'oubliez pas votre thermos de chocolat et votre cache-nez, surtout. Il fait froid.
(Je suis une mère pour vous).

Ah et une petite vidéo pour la route :


Si jamais j'écris le scénario de ma vie comme prévu et qu'on en fait un film, je demanderai un générique où les acteurs se présentent comme ça. C'est décidé.
Et en bonus, je vous offre le générique version 1995 de Game of Thrones. Un grand moment.

mardi 14 mai 2013

Gangsta's paradise

 Hey, kids, leave them teachers alone.

 


Avant les vacances, j'ai été malade (comprendre "en arrêt maladie") pendant une bonne semaine. Je ne suis d'ailleurs pas encore complètement guérie, rapport à ce vieux temps tout pourri*.

*A ce propos, je pense que je me suis un peu avancée en annonçant dans mon dernier post l'arrivée imminente de l'été. Force est de constater qu'il n'en est rien.
En fait, je crois que cette année, on a décidé de nous sucrer le printemps et l'été.
C'est la crise, vous comprenez. Mesure d'austérité, tout ça.
En même temps, ça a du bon. Pensez aux bonshommes de neige, quoi !

Du coup, hier, jour de rentrée des classes, j'ai retrouvé mes petits élèves, que je n'avais pas vus depuis trois semaines, et aussi mes collègues chéris, qui m'avaient bien manqués.
Je garde à ce propos un souvenir ému des messages qu'ils m'ont envoyés pendant ma convalescence, et tout particulièrement de ceux d'Eloi 1er, qui s'est acharné à m'envoyer des images de chatons en train de faire de la moto pour me soutenir dans ma douleur.
(Aux grands maux les grands remèdes).

A peine arrivée, j'ai eu le plaisir d'apprendre qu'en mon absence, mes petits sixième, très inquiets de mon sort, m'avaient tout bonnement donnée pour morte.
Apparemment, ne me voyant pas revenir en cours, ils avaient imaginé (ou entendu dans les couloirs) que j'étais tombée dans les escaliers, que je m'étais cassé les deux pieds, que je m'étais ouvert le crâne, et que j'étais dans le coma. (J'ai senti qu'on me voulait du bien).
Une autre rumeur, cela dit, racontait que j'étais aux Bahamas. 
Je leur ai dit que c'était vrai : j'étais bel et bien dans le coma, oui, mais aux Bahamas.
Ils ne m'ont pas crue. 
Cela dit, ils avaient apparemment vraiment imaginé que j'étais dans le coma. Ils m'ont même affirmé que, pour l'occasion, ils m'avaient acheté des cadeaux. Ce qui m'a beaucoup touchée.
Même si :
1) que diable voulaient-ils que je foute avec des cadeaux en étant dans le coma ?
2) comme je n'étais finalement pas dans le coma, ils ont sournoisement décidé de garder leurs cadeaux pour eux. (Ignobles petits êtres perfides).

Pendant mon absence, ils avaient évidemment beaucoup demandé à Isidor comment j'allais et quand je revenais, "puisque vous la voyez tous les soirs à la maison".
(Pour ceux qui ne suivent pas le blog - ce qui est très mal - Isidor et moi ne sommes absolument pas ensemble. C'est juste que les élèves ont décidé que - comme ils me l'ont expliqué récemment - "la Belle (vous) et le Bois Dormant (lui) devraient se marier et avoir beaucoup d'enfants").
Isidor et moi sommes donc désormais un couple "connu" dans l'établissement.
Cela dit, ma vie amoureuse mouvementée ne s'arrête apparemment pas là.
En effet, la rumeur veut que j'aie également une liaison avec Alf, qu'on m'aurait aperçue en train d'embrasser à pleine bouche dans la rue. (Cette madame Mosby bouffe à tous les rateliers, ma parole !).
Comment le savons-nous ? Parce qu'il y a un mois environ, une élève l'a traité de salaud avant de lui dire que c'était dégueulasse de tromper Carda (la prof de SVT) avec moi ! (Il a, à cette occasion, découvert qu'il avait une relation avec Carda, relation dont il ignorait tout jusqu'alors, mais qui n'était pas pour lui déplaire : "Je crois qu'en début d'année j'étais censé être avec Mme B, la vielle prof de maths. Maintenant je me tape Bayane et Carda : grosse promotion, quand même"). 
Non content de coucher avec moi et Carda, il aurait par ailleurs également une liaison avec Eloi 1er, qui a la réputation d'être un inverti depuis qu'il a répondu "Ca ne vous regarde pas" à la question "Est-ce que vous êtes gay ?".
(Il y a eu également une vague rumeur sur l'homosexualité d'Isidor, rapport à son dandyisme légendaire, mais elle n'a pas tenu, peut-être parce qu'elle aurait brisé le coeur de trop d'élèves. Il peut donc continuer à venir en cours avec des noeuds papillon assortis à ses chaussettes sans être inquiété, et ce simplement parce qu'il est tellement beau que quand tu le vois tes jambes te lâchent. La vie est injuste). 
Alf : "Moi ça me convient assez, comme version des faits, honnêtement. Je préfère qu'ils pensent que je suis un partouzeur bisexuel adultère plutôt qu'ils connaissent la sombre vérité, qui est que je n'ai pas baisé depuis un an et deux mois... Non parce que dans la vraie vie j'ai tout donné pour avoir Bayane, mais rien à faire ! J'ai même été jusqu'à débarquer chez elle avec une bouteille de Crozes-Hermitage et le DVD de Ratatouille, quoi !! Plan drague ULTIME. Mais non..."
Ravi de sa nouvelle réputation de gros vicelard, il m'a demandé de ne pas démentir : "Ou alors d'accord, tu leur dis qu'on n'est pas ensemble, mais tu ajoutes que c'est juste un plan cul, ok ?"
On vibre, dans le 93.

 Moi, Carda, Alf, Isidor, Eloi 1er, et... attendez... 
Une troisième concurrente ? 
C'est qui cette pute ?

Du coup, je me suis demandé si les élèves avaient recoupé les informations et en avaient déduit que je n'étais pas tombée dans les escaliers toute seule, mais que Carda m'avait poussée.
Est-ce qu'ils ont également imaginé que, comme toute actrice des Feux de l'Amour qui se respecte, j'étais tombée dans les escaliers enceinte et avais donc dûment perdu le bébé ?
Auquel cas une question me taraude : de qui étais-je enceinte ? D'Isidor ? D'Alf ?
Quoique si ça se trouve, en fait, je n'avais jamais été enceinte et j'avais tout inventé.
Ou alors je n'ai pas perdu le bébé, mais on ne le découvrira que dans plusieurs épisodes.
Et qu'est-ce que je faisais aux Bahamas, d'ailleurs ?
Je brûle de connaître la suite.

Que de rebondissements.
Tout ce sexe débridé, chers lecteurs, c'est sûrement pour nous remettre des vexations permanentes liées à notre fonction. Oui, car le reste de notre quotidien, voyez-vous, manque un peu de glamour.



Avec la rentrée, on a aussi retrouvé :
1) les élèves qui refusent de faire un exercice parce qu'il n'est pas noté et qu'ils ne veulent pas "utiliser leur cerveau pour rien" (full quote).
2) les élèves qui, quand tu les colles, menacent de ne pas venir et font les malins devant les autres mais qui, ensuite, restent après le cours pour tenter de te faire annuler ta sanction en versant des grosses larmes de crocodile. (Tu peux te brosser, chaton).
(Quand tu refuses, ils repartent d'ailleurs souvent en gueulant et en claquant la porte, un peu comme ces mecs qui te traitent de grosse pute dans la rue juste après t'avoir appelée "ma princesse", juste parce que tu as refusé de leur tailler une pipe pour les remercier de leur galanterie).
3) les élèves qui refusent de jeter leur chewing gum, de sortir leurs affaires, d'enlever leur manteau, de noter leur leçon, de se taire, et qui, quand tu les rappelles à l'ordre, s'offusquent que tu viennes "leur casser les couilles dès le matin".
(Auquel cas tu dois être doté d'une grande paix intérieure pour te retenir de leur planter ton feutre dans l'oeil et de les étouffer avec le chiffon qui te sert à essuyer le tableau avant de leur casser ta chaise sur la tête).
4) les élèves qui refusent de sortir quand tu veux les virer, et te font donc perdre dix minutes alors qu'ils ont déjà pourri le plus gros de ton cours, puis qui finissent par quitter la salle en claquant la porte (encore) (le collégien du 93 est une drama queen finie) et (option facultative mais fortement conseillée) en t'insultant.
- etc. etc. etc.

Moi, cette année (contrairement aux années précédentes), je ne vis rien de tout ça (ou à la rigueur les deux premiers). Parce que je n'ai que des sixième.
En sixième, ils sont encore mignons, ils veulent encore apprendre, et ils baissent encore les yeux quand tu leur fait "booh". Ils m'appellent encore maman, ils aiment rester à la récré pour faire des dessins sur mon tableau et me raconter des blagues, c'est la belle vie.
Avec des sixième, j'ai la folle illusion d'avoir de l'autorité. (Mwahaha).
Mes collègues, en revanche, vivent ce que j'ai décrit plus haut au jour le jour.
Ce qui explique peut-être pourquoi, quand je suis arrivée en salle des profs aujourd'hui, Alf lisait "Surveiller et Punir" et Eloi 1er "Torturer dans l'Antiquité".
Ce qui explique aussi pourquoi on a tous tellement apprécié La Journée de la Jupe.

(Qui n'a jamais rêvé de faire cours avec un gun ?).



On a de la chance, cela dit.
Ca pourrait être nettement, nettement pire.
Parce que : 
1) C'est un assez bon collège, pas très loin de Paris. 
2) On est entre amis (Moi, Alf, Eloi 1er, Isidor, Carda, Esmée, Solange, Luce, Flavio, et tous les autres) (On est tous jeunes - dans les collèges difficiles du 93, on n'envoie que les petits jeunes - et on est très copains). On est ensemble. Même si ça ne durera pas.
Isidor et moi sommes les seuls à être en poste fixe.
Tous les autres apprendront en fin août où ils sont mutés pour l'année prochaine. Sachant qu'ils peuvent être envoyés n'importe où dans l'académie de Créteil, qui va du nord de Meaux au sud de Nemours. (Ou comment passer l'été dans l'angoisse la plus totale).
3) On est soutenus par notre hiérarchie. On a un super principal, et une équipe soudée. Et ça, croyez moi, c'est rare. J'ai suffisamment d'ancienneté pour le savoir.



Anecdote :
Un jour, dans un autre collège, j'ai viré un élève qui rendait mon cours (ma vie) impossible. Après avoir longuement refusé de partir, il a rassemblé ses affaires et est venu se planter à trois centimètres de moi pour me hurler "Sa mère la pute si je reviens dans votre cours vous m'entendez ?! Sa mère la pute si je reviens dans votre cours !!" avant de cracher par terre et de partir en donnant des coups de pied dans la porte.
J'ai écrit un rapport, et quand le principal m'a reçue, il m'a dit ça : "Ecoutez Mademoiselle Mosby, je suis embêté car l'élève en question, que j'ai reçu tout à l'heure, me dit que vous mentez et que les choses ne se sont pas passées comme ça. En effet, il affirme qu'il n'a pas dit "sa mère la pute" mais "ma mère la pute" (what the fuck ?!). Il n'a donc pas insulté votre mère (?!!), je ne peux donc rien faire"....
Ca se passe de commentaire.


Enseigner, c'est épuisant pour les nerfs. Surtout en ZEP. Surtout en collège.
(Les élèves vraiment difficiles ne vont pas au lycée).
Moi : Non mais peut-être que tu t'en fous de l'anglais mais t'en auras besoin pour avoir ton bac, et puis t'en auras besoin pour communiquer si tu voyages.
Mon élève : Vous pensez vraiment que je vais passer le bac ??!! Hahahaha. Et puis j'ai jamais été à Paris, madame, vous croyez que je vais aller en Angleterre, sérieux ?!


Les élèves ne sont pas du tout tous des emmerdeurs, mais il suffit malheureusement de deux pour te pourrir une classe de vingt-cinq élèves, pour te pourrir un cours, une semaine, une année. 
C'est déjà pas facile de maintenir l'attention d'un groupe de vingt-cinq adolescents et de les faire travailler : s'il y en a deux qui parlent à voix haute, rient, lancent des boulettes de papier, voire se lèvent sans autorisation, ça peut vite devenir très pénible.
S'ils sont plus nombreux et/ou si, en plus, ils sont agressifs et ont décidé de te chercher, ça devient l'enfer sur Terre.
Devoir faire face à des petits caïds gorgés de testostérone qui en veulent à la Terre entière, devoir affronter leur hostilité, leurs provocations, jour après jour, heure après heure, c'est très éprouvant.
On a déjà tellement à gérer sans ça. Vous n'imaginez pas.
Que tu sois épuisé, malade, ou déprimé, tu dois faire ton one man show tous les jours devant une centaine d'élèves.
Etre en état de faire cours, et avoir l'énergie de t'imposer. Toujours. Sinon ils le sentent, et ils te bouffent.
Comme des charognards.

Lady V a quitté l'enseignement secondaire il y a peu. Fleur aussi.
Elise, jeune prof de français dans mon collège, a démissionné juste avant les vacances de Pâques.
Et je remplis moi aussi tous les dossiers de candidature possibles et imaginables pour partir. 
Parce que je n'aurai pas que des sixième toute ma vie.
Et que ma vocation est d'enseigner, pas de faire la police. (Je n'ai pas fait toutes ces années d'études pour finir par craindre de mourir lapidée à grands coups rageurs de bâtons de colle UHU). (Une mort lente et douloureuse fort répandue dans le corps enseignant). (On ne vous dit pas tout).

Même si, soyons honnête, certaines choses me manqueront.
Dans le supérieur, aucune élève ne sort son fer à friser en plein cours ("mais qu'est ce que ça peut vous faire, madame, il est même pas allumé !"), aucun élève ne balance des avions en papier avec écrit Air Maroc dessus, et aucun élève ne lève jamais la main pour te demander, sans crier gare, si une femme peut avoir des relations sexuelles avec une pieuvre... (Si ?)
Mais bon. Je m'en passerai.